Société Français d'Anthropologie Visuelle

Fiche du film : #63

Silent Enemy / L'ennemi silencieux

L'hiver venu, guettés par la famine, les Indiens Ojibwa partent en direction du grand Nord à la recherche des troupeaux de caribous. En toile de fonds du film une rivalité amoureuse. Photo 1 Photo 2 Photo 3
Date de réalisation : 1930
Réalisateur : Carver H.P.
 
Pays : USA
Durée du film : 84'
Langue : muet
Sous-titrage : cartons anglais
 
Production : W.D. Burden et W. Chanler
 
Image : Coloré
 
Format de diffusion : VHS, DVD
Format original : 16mm

Résumé: La projection de Chang (1927), le film de Cooper et Shoedsak, convainc D. Burden de se lancer à son tour dans l'aventure du cinéma. Il imagine une trame narrative sensiblement identique à celle de son modèle, mais appliquée aux Ojibwas (Indiens du Canada, Nord de l'Ontario). Il s'entoure, pour mener à bien son projet, d'une série de collaborateurs peu ou pas installés à Hollywood mais susceptibles, selon lui, de s'investir dans un tournage de plus d'un an, en pleine nature, avec des comédiens non-professionnels. Le réalisateur, R. Carver, est choisi du fait de sa collaboration (non crédité au générique) à Chang et le neveu de L.Tolstoi, le Comte Illya Tolstoï, pour ses connaissances sur la toundra. L'équipe comprend également le directeur de la photographie, Le Picard, qui a, notamment, travaillé avec D.Griffith.

L'ennemi silencieux est une reconstitution sous forme de fiction de la manière dont vivaient les Indiens Ojibwa avant l'arrivée de l'homme blanc . De ce point de vue le film s'apparente à ceux réalisés par A.Balikci dans lesquels les Netsilik (re)jouaient la vie de leurs grands-parents (cf. catalogue SFAV film n°16). Mais en l'occurrence, Silent Enemy est moins un film à destination des Indiens eux-mêmes que du grand public américain à qui l'on souhaite présenter, avant qu'il ne soit trop tard, une certaine image de l'Indien.

Les personnages principaux ont été choisis à l'issue d'un casting. L'un est Sioux, l'autre est Penobscot, le héros est un " Indien blanc ", un américain fasciné par la culture amérindienne qui a renoncé à sa propre identité pour endosser celle d'un Indien. Ainsi, en même temps qu'il s'attache en apparence à une population en particulier (les Ojibwas), avec cet improbable brassage, le réalisateur opère un subtil passage du pluriel des Nations indiennes au singulier de l'Indien tel qu'il se figera dans les consciences.

Réalisé en 1928/1929, ce film participe des entreprises qui s'attachent à préserver quelques traces d'une civilisation considérée à l'époque comme évanescente . Fort de la certitude que les Indiens allaient à tout jamais se fondre dans la société américaine, un certain nombre d'auteurs (cinéastes, écrivains) entamèrent un travail sur la mémoire, un travail presque muséal, en proposant une image idéalisée de l'Indien (le noble sauvage digne dans la défaite).

On ne parlera pas à propos de ce film d'un travail ethnographique au sens propre. Pour autant, il mérite l'attention des ethnologues, d'une part au sens où il recèle un certain nombre d'éléments intéressant l'anthropologie, costumes, rituels, etc., d'autre part, dans la mesure ou comme souvent, il nous parle tout autant du présent de sa réalisation que du passé mis en scène.
Comment, par exemple, ne pas mettre en perspective la réalité de la crise de 29 et ses effets sur la population, et cet ennemi silencieux décrit dans le film, la famine qui touche les Ojibwas?

Silent Enemy constitue une étape importante du processus de construction d'une figure de l'Indien, celle qui progressivement va s'installer et se substituer à toutes les autres connues. Dans les productions cinématographiques ultérieures, cette image alternera avec son double inversé, l'Indien cruel, l'une et l'autre de ces images participant au même projet de déréalisation de l' "Indianité " qui contribuera à rendre invisibles les Indiens contemporains.

L'ennemi silencieux est une véritable curiosité , un de ces films dont les historiens du cinéma ont assez peu parlé mais qui pourtant tient une place tout à fait singulière dans le corpus des films consacrés aux indiens.

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